Bercy relève l'objectif d'investissement dans les start-up françaises à 30 milliards d'euros d'ici fin 2022.

Lundi 5 juillet

PARIS (TICpharma) - Le ministre de l'économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, a annoncé un relèvement de 20 milliards à 30 milliards d'euros de l'objectif de financement des fonds d'investissement dans les start-up technologiques françaises, y compris des biotech et medtech, dans le cadre de l'initiative Tibi, le 7 juin à l'occasion d'un évènement organisé à Bercy.

Le ministre s'est exprimé en ouverture d'une conférence intitulée "Financer la IVème révolution industrielle" organisée pour tirer un premier bilan de l'initiative Tibi pour le financement des entreprises technologiques.

L'initiative lancée en janvier 2020 vise à soutenir les fonds français de capital-investissement dans le domaine des technologies de rupture et de l'innovation, via leur labellisation et la mobilisation de plus de 6 milliards d'euros d'investisseurs institutionnels d'ici fin 2022.

Elle a fait suite au rapport remis en juillet 2019 à Bercy par Philippe Tibi, ancien président de l'Association française des marchés financiers (Amafi) et d'UBS Investment Bank en France, qui pointait les difficultés des start-up à lever des fonds de plus de 50 millions d'euros dans l'Hexagone.

Le "pari de l'époque" a été de lever 6 milliards d'euros auprès d'institutionnels "pour atteindre au bout du compte une levée totale, avec effet de levier, de 20 milliards d'euros" d'ici fin 2022, a rappelé Bruno Le Maire.

"Cette initiative a donné plus que le résultat attendu", s'est-il félicité, mentionnant "3,5 milliards d'euros engagés par les investisseurs partenaires" qui ont permis d'attirer, en prenant en compte l'ensemble des souscriptions réalisées dans les fonds labellisés Tibi, "plus de 18 milliards d'euros".

"Je vous propose comme nouvel objectif 30 milliards d'euros investis dans les fonds technologiques français d'ici 2022", a-t-il poursuivi, notant que cela "veut dire nous mobiliser tous, mais aussi mobiliser de nouveaux investisseurs". "Je pense en particulier aux investisseurs étrangers, grâce à la participation de 11 nouveaux partenaires banques d'investissement, intermédiaires en levée de fonds, qui vont aller mobiliser ces investisseurs partout dans le monde", a-t-il déclaré.

"Ce nouvel objectif va nous permettre d'augmenter le nombre d'investisseurs partenaires, d'augmenter le capital engagé au profit des fonds engagés en France, et aussi une implantation durable des meilleurs fonds étrangers dans notre pays", a-t-il résumé.

Le ministre s'est aussi félicité des chiffres du dernier baromètre de l'attractivité française du cabinet Ernst & Young (EY), publié le7 juin, plaçant pour la deuxième année consécutive la France au premier rang européen en matière d'accueil d'investissements internationaux en 2020, avec 985 projets annoncés. L'Hexagone se place devant le Royaume-Uni (975 projets) et l'Allemagne (930).

Selon l'étude, la France est devenue le premier pays européen pour l'accueil des investissements dans le secteur de la santé en 2020, avec 58 projets d'investissements étranger dans l'industrie pharmaceutique, en progression de 123% par rapport à 2019.

Le baromètre a aussi relevé un "attentisme" provoqué par la crise en termes d'implantation de nouveaux sièges sociaux et d'activités de R&D tous secteurs, respectivement en baisse de 23% et 34%. Le recul en matière de centres de R&D est le "point noir" du baromètre, a reconnu Bruno Le Maire.

49 fonds agréés, un facteur d'"accélération"

Présent à Bercy, Philippe Tibi, président du comité exécutif de l'initiative éponyme, a précisé que les 18 milliards d'euros d'ores et déjà levés pour le financement de start-up technologiques sont équitablement répartis entre les sociétés non cotées et les fonds cotés.

Au total, 49 fonds ont été agréés depuis janvier 2020 par les comités techniques de validation, dont 36 dans le non coté. Parmi eux figure Jeito Capital, premier fonds d'investissement spécialisé dans le financement des jeunes pousses des biotechnologies à avoir été labellisé en France, en février 2020.

"Ce n'est pas fini et cela témoigne de la mobilisation exceptionnelle des opérateurs, acteurs de l'investissement d'entreprise", a salué Philippe Tibi.

Pour atteindre le nouvel objectif de 30 milliards d'ici fin 2022, il a mentionné deux canaux: "le canal domestique, très important, l'épargne salariale et l'épargne retraite" d'une part, et le "canal international, tous les investisseurs de long terme, fonds souverains, fonds de pension, compagnies d'assurance étrangères et family office".

Plusieurs représentants de fonds et de fédérations professionnelles ont témoigné lors de la conférence de "l'accélération" permise par l'initiative Tibi en termes de financement des entreprises technologiques, avec des levées de fonds plus importantes. "Un moment donné, il y a eu un alignement des planètes et le soutien très engagé des pouvoirs publics a été fondamental", a expliqué Virginie Morgon, présidente du directoire d'Eurazeo, qui fait partie des investisseurs historiques de la société Doctolib.

Pour Dr Raphaèle Tordjman, présidente et fondatrice de Jeito Capital, l'initiative Tibi a aussi "permis d'accélérer et de lever, on l'espère bientôt, jusqu'à notre cible" de 500 millions d'euros, après un premier closing de 200 millions d'euros en décembre 2019 auprès d'investisseurs institutionnels.

Des "métriques particulières" dans la santé

Présent lors de la conférence, le président de France Biotech, Franck Mouthon, a estimé que l'initiative Tibi "comble véritablement un manque", en particulier dans le secteur de la santé où il a relevé la capacité de la France à soutenir les entreprises à un stade précoce de développement mais la difficulté à "emmener un programme jusqu'au stade de développement supérieur, y compris jusqu'au marché" dans le cadre d'opération de financement late stage.

Il s'est "réjoui" de voir 9 fonds labellisés Tibi dans le domaine de la santé, mais a appelé "impérativement" à les amplifier, notamment en terme de diversité, dans l'Hexagone mais aussi à l'étranger.

Il a noté des "métriques particulières" dans la santé par rapport aux indicateurs financiers "classiques", du fait d'un "temps long avant de générer du chiffre d'affaires".

Il a fait part de son souhait, partagé avec Philippe Tibi, de "sensibiliser les investisseurs à ces thématiques-là avec des séminaires pour expliquer aux acteurs emblématiques du secteur comment faire pour investir" dans la santé. "Il y a besoin dans le système financier global d'avoir cette acculturation au domaine de la santé", a-t-il appuyé.

Raphael Moreaux
raphael.moreaux@apmnews.com

Source : https://www.ticpharma.com/story/1655/bercy-releve-l-objectif-d-investissement-dans-les-start-up-francaises-a-30-milliards-d-euros-d-ici-fin-2022.html